« I have a dream… »

Publié le par Birdy

 

 « ….Tintamarre de klaxons, rumeurs de la foule, une escorte de motards, pour nous offrir la route…les flashs des photographes pour capturer l’instant…

 

Quatre ans…quatre ans de doute, d’espoir, de souffrances pour vivre cet instant, caresser ce rêve d’Olympe, plus qu’un jeu, vaincre Marathon…

 

Je les sens, je les devine, ils sont là derrière moi…le souffle rauque de leur souffrance comme un message d’espoir de ma possible victoire.

Plus rien ne compte que ce mirage encore loin, ce Stade de France ou rôde mon destin….

Sur la gauche, une foulée longue venue de nulle part … majestueuse, Africaine, attaque avec violence, une longueur, puis deux…5 mètres…ne rien lâcher, souffrir, souffrir encore…mais tenir…

 

Bleu, Blanc, Rouge le maillot que je porte …sur mes terres, comment pourrais-je ne pas entendre, ce flot d’encouragements qui me porte…ces cris, ces mains tendus, ces drapeaux qui flottent au vent de mon espoir…

Une vague humaine s’ouvrant sur mon passage, scandant mon nom, tel un message…

Et pourtant l’homme des hauts plateaux, là juste devant, si près et à la fois si loin…briseur de rêve…

 

Le cœur en feu, la souffrance d’une foulée qui ne devient que douleur… ne pas se laisser submerger par les images qui traversent ma pensée, l’émotion… puis la douleur toujours…encore… mais différente, anesthésiante…plus assez de lucidité, tel un automate je cours…

 

Plus rien autour de moi n’existe ….et pourtant imperceptiblement il ne s’échappe plus…sa belle foulée brutalement se désunit… un fol espoir me submerge… l’aigle Africain suspend son vol, ses ailes doucement se replient…il retouche terre, redevient tellement humain, foudroyé d’avoir trop donné…le dernier kilomètre et cette foule qui comprend…

 

Plus il souffre, plus son corps l’abandonne, plus il titube, et plus je revis…un état second d’euphorie, des forces que je croyais depuis longtemps envolées pour me porter, le rejoindre, le dépasser, sans un regard,  ivre des rumeurs du stade qui s’ouvre à moi…mon stade…

 

L'entrée du tunnel, là…devant moi…il ne reviendra plus... je ne foule plus le bitume, je tutoie le ciel.

La douleur ne s'est  pas enfuie, elle s'est transformée, alchimie sans nom au goût d'euphorie

Et cette rumeur qui gronde…roule, m'accompagne, s'amplifie, plus je m'approche du halo de lumière qui me sépare de la piste, moins je m'appartiens... Dans une explosion de vie, je bascule dans une ferveur sans nom, pas de mots pour le décrire, l’émotion à vif amplifiée par la fatigue…

 

Dernier virage…épuisé, heureux…, le stade m'offre un artifice de drapeaux, de couleurs , de cris…80m….les frissons qui parcourent mon corps…les larmes qui coulent comme un flot de bonheur incontrôlé…50m...je vais être champion !...

 

Et puis…et puis……trois sonneries, violentes, régulières, répétitives…viennent m'arracher à la nuit, me chasser de mon nuage, me projeter sans ménagement dans un monde beaucoup plus quotidien... tellement moins Olympique…

 

Bien sur….le doute subsiste une fraction de seconde...mes neurones encore embués d'une éclipse nocturne intense… ne savent plus bien décliné le vrai du faux…

Mais rapidement quelques courbatures grinçantes d'un lendemain de fractionné époesque….me ramènent à la raison, ma condition de laborieux fantassin du bitume me rattrape… inéluctablement…je ne serai jamais  champion….j’écrase mon poing rageur sur cette sonnerie inhumaine…il est 5h55’…le jour se lève… I HAVE A DREAM….

 

Publié dans Billet d'humeur

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