« La croisette sans palme… » 15/02/2010

Publié le par Birdy

                                            

C'était décidé… il était grand temps …

Redevenir un coureur…modeste certes...

Mais coureur quand même…

Essayer de décrocher…

Oublier la festive bulle champenoise, les épicuriens châteaux médocains, le gros nez rouge et les paillettes…oser à nouveau accrocher un dossard pour de vrai, sur la plus belle des distances, la plus terrible aussi parfois…

La tâche s'annonçait ardue… pas désespérée mais ardue… la motivation était là… pas très loin…

Avec Mouss’ pour capitaine d'une belle bande de pirates Fresnois, j’allais réapprendre à décliner la piste sous toutes ses gammes, du 400 agonisant aux séries de 3000 d’un autre âge…

Pour se rappeler combien cette discipline pouvait s'avérer sans pitié pour les dilettants, les élèves dissipés, pas toujours assidus… un peu trop amateur…de tout ce qui est bon…

Tout semblait pourtant laisser l'espoir d'une vraie belle course à venir, avec des vraies belles jambes… même les vacances estivales ne viendraient pas tiédir cet enthousiasme.

Au gré des pourcentages Alpins, sous un soleil enfin généreux, il existait comme une touche de plaisir à sentir doucement mes jambes redevenir celle d'un coureur…un vrai… mon cœur faire face sans trop de débordement aux pourcentages proposés, et mes tendons capricieux si souvent, être pour une fois discrets…

La rentrée de Septembre empreinte du plaisir de retrouver le gang des Niçois, avec la guibole renaissante.

Revoguer dans ce chouette navire Fresnois, bercé par les vagues de bonne humeur ambiantes, de franche complicité et quelques gouttes de sueur…

Et bing…patatra…les cyclistes vous diront qu'une dent de trop peut-être terrible…mais une dent contre vous c'est tout aussi insupportable et idéal pour vous pourrir votre future envie d'en découdre avec les 42195m à venir…

Quelques multiples rendez-vous chez la chef canine et cure d'antibios plus tard…impossible d'échapper aux mains du boucher des dents…et adieu espoir de festival sur Cannes.

Il n'était pourtant pas question d'abandonner les troupes si près de l'échéance…remis à plus tard le défi à la trotteuse… restait encore le plaisir de boucler, réactualiser mon statut de marathonien, partager l'aventure…

Du moins je le pensais…mais le marathon, épreuve de vérité par excellence…ne pardonne rien …. intolérant qu'il est !  L'heure avait sonné de traîner ses savates du côté de chez Brice…. savoir enfin "si ça allait farter…" découvrir notre "Univers"…

Pas besoin d'attendre bien longtemps pour aligner nos fréquences, trouver nos marques, être tout simplement "bien ensemble", malgré l'échéance… et quelques sourires anxieux… de savoir ce que sera demain…                                                                                                            

Notre grand Schrek à nous ravageait déjà le village marathon à grand coup de soja, d'énormes boutades et d'un flot de bonne humeur contagieuse…un vrai remède à la morosité !

Le précieux sésame en main,  la tension montait d'un cran… Nice devenait humide … du vent était annoncé … la nuit serait-elle sereine pour tout le monde ? … enfin bon… sur le clan Fresnois, la météo restait au beau fixe !

Anticipant un temps soit peu la récupération… de futiles bières aux vertus incertaines ... remplaçaient avantageusement la camomille du soir…et quelques tours d'horloge plus tard, les yeux embués d'un sommeil traversé de trop d'incertitudes, il était grand temps de s'extraire du cocon et d'enfiler la tenue du guerrier à l'assaut de marathon…

Premier coup d'œil ...pour le ciel …gris mais sans menace excessive… le vent …bonne nouvelle, il avait sans doute oublié de se lever… et c'est tous ensemble…chacun dans notre bulle…que l'on se hâte lentement...de rejoindre la banderole…

Quelques foulées d'échauffement sans importance…je croise Laurent…clin d'œil…tape dans la main…on fait partie de la même famille, il a simplement des chaussures qui courent plus vite que moi…

L'entrée dans le sas…là…c'est terminé…on ne peut plus reculé...on y est…Armelle, les Pascaux,

notre grand Schrek … se rassurer dans le regard de l'autre … 5,  4, 3, 2, 1, 0 l'histoire peut

s'écrire…pourvu qu'elle soit belle !

Pas une hésitation, d'entrée je me cale sur une carburation "diesel"…. plus l'âge de rêver béatement de miracle après une préparation en dents de scie …

5 kilos pour voir…assouplir sa foulée...trouver la bonne fréquence et tutoyer l'aéroport pour prendre son envol…

Une allure confortable…lente dirons certains…enfin bon avec l’avantage de pouvoir profiter du paysage et pour un peu de se prendre pour l’éternel estivant faisant du pédalo sur la vague en rêvant…

Tout le temps de prendre confiance…de savourer cette atmosphère particulière rôdant au creux des pelotons…

C’est encore une latitude ou l’humour et les bavardages sont de mises… on plaisante, on taquine, parfois on bluffe un peu… mais parfois aussi …on commence à avoir le sourire forcé aux incontournables « on n’est pas fatigué !! » et ça…ce n’est pas très bon signe…

Un œil sur la boîte à chiffres, rapide état des lieux… la fourchette prévue était large, presqu'autant que mon appétit de bien faire…

Je me risque à une foulée moins frileuse, histoire de devenir moins "promeneur"…plus "coureur"… et puis quelque part l'idée de bientôt mettre en place le scénario "espéré", du... "Retour de nulle part..." avec ma pomme dans le rôle principal et la palme sur les marches du palais…espéré ou rêvé, l'avenir me le dira…

Les kms défilent sans apparemment laisser de traces…même si un marathonien averti sait trop bien qu'il est plutôt rare de caler dés le hors d'œuvre…mais…..qu'il ne faut en aucun cas présumer de son appétit sous peine d'indigestion kilométrique… au moment du dessert…

Rapide communication "tête-jambe"…l'échange est cordial… pacifique….rester concentré, ne pas trop laisser l'émotion vous gagnez devant l'infini beauté des courbes féminines environnantes… et de manière plus général… du paysage méditerranéen.

En "élève à peu près appliqué" ou plutôt dans la peau de celui qu'a déjà pris des claques et qui se méfie, j'avais consulté non sans méfiance, le profil de ce marathon soit disant plutôt plat….donc je savais…j'avais prévu…qu'Antibes serait un cap….

Et même si Antibes n'est pas l'Alpe… le moindre pont de chemin de fer peut paraître bien contrariant lorsque s'approche les zones de turbulence du marathonien…

Raccourcir la foulée, tirer sur les  bras, s'incliner vers la pente…. c'est marquer dans toutes les bonnes bibles de cap… c'est pas bien compliqué quand même …et pourtant….. même en privilégiant le passage en douceur sans affoler le palpitant…quelque chose me dit que le scénario dérape…non seulement je ne reviens sur personne… même pas le plaisir de découvrir à l'horizon un maillot "ami"… Pire encore, je commence à me trouver des excuses… prépa contrariée…pas eut le temps de… pas assez…trop…. et pourtant la pente s'est inversée, je déroule... essaie de faire le vide…me rassurer... de me persuader que c’est juste un coup de moins bien…Cannes est là…au loin qui me tend les bras…

Mais loin c'est parfois le bout du monde…le réservoir n'est pas encore vide mais déjà je sais que je bascule du "retour de nulle part" vers "la petite mort annoncée…" je ne savoure plus mais plus du tout…je subis…. je ne contrôle plus rien…je survis…je pourrai à cet instant être dans le plus bel endroit du monde, si vous saviez ce que je peux m'en foutre ….vu que mon horizon s'est réduit aux bouts de mes chaussures…et ma foulée, qui n'en est plus une…je m'accroche…  le 30ème pour retrouver mon pote le Normand (mais non pas Gérard….Marcel si vous préférez…) en train de sympathiser avec la marée chaussée…

On devait se savourer 12 bornes de plaisir, partager un final marathon, une belle tranche de vie... j'allais lui offrir mon chemin de croix…

Combien il lui fallut d'intelligente compréhension pour me faire croire que finalement je n'étais pas autant plus mal que "quand j'étais pire…" que le second souffle n'était pas un mirage… que finalement je risquais de rentrer avant la nuit…

Combien il lui fallut de complicité pour comprendre très rapidement que les mots ne seraient plus utiles… pendant que je me faisais submerger par des vagues de "moins fatigués"… et qu’il allait avoir le temps, tout le temps d’admirer le paysage…

Main fébrile dans la poche arrière, anticipé le ravito…en se disant que vu le prix déboursé pour m’acheter ces gels « énergétiquomagiques », ils ne pouvaient que me sauver d’un vilain pas….

m’éviter de basculer définitivement sur ces lipides de malheur…qui vous transforment en grabataires agonisants….

Bien sur que je connaissais l’énormité du mensonge publicitaire… mais il est des heures ou l’on croirait même encore au père Noël…

Plus rien autour de moi ne compte…ne pas marcher…courir encore et encore même si ça ne ressemble plus vraiment à une foulée… les jambes qui se durcissent…

Quelques secondes pour oublier la souffrance en doublant l’ami Rolland un d’chez nous, lâchement agressé par une armée de toxines à l’assaut de ses jambes…

Un mot d’encouragement…banal bien sur, mais simplement une marque de respect d’un courageux de la même famille…surtout pas un adversaire…

Cannes est là tout près…mais trop loin…je ne peux qu’espérer la prochaine borne kilométrique …un de plus et on recommence…. 800m, 500m, 200m…la suivante…plus que 3 !

Quelque part j’ai honte de cette foulée qui n’en est pas une, mais beaucoup plus important au fond de moi je suis fier de savoir que pour la 13ème fois j’aurai repoussé ces douleurs morales et physiques que ne peut éviter à un moment ou à un autre le marathonien…et qui font qu’appartenir à cette famille est une vraie fierté !

Alors que je m’achemine lentement, terriblement lentement …vers la flamme rouge…les encouragements de Jacques, d’Olivier partageant mes dernières foulées, je me fais désintégrer par l’ami Christophe revenu du diable vauvert… une foulée epoesque que même Usain Bolt lui envierait…ou va-t-il chercher cette énergie…il m’enrhume avec un guttural « allez les gars »…

Je ne lui en veux pas…il a l’air tellement heureux et motivé à aller chercher son everest du jour…

500m encore… la banderole là juste au fond…le public de chaque côté de la route…j’accélère, je n’en peux plus, mais j’accélère…comme un sursaut d’orgueil…100m…Alleeeeezzzzzzz !!!….GO, GO !!!…50m…TOP….FINISHER !…

Je me permets enfin de marcher…mes jambes ne sont plus que lamentations… Olivier m’offre la tape de l’amitié et délicatement tourne la tête pour ne pas remarquer… les quelques secondes ou mes lacrymales s’offrent quelque humidité… d’avoir été au bout de moi même.

Quelques bouchons plus loin…probablement dus à l’afflux de public… pour saluer « les artistes »… je me régénère très vite devant les sourires radieux de mes « frères de sueur » au blouson bleu…les Fresnois…

Cannes pour eux sera couronné…pas pour moi…mais l’important est beaucoup plus dans cette chaude amitié qui me fait déjà oublié….. et me projeté vers un prochain festival!

Publié dans Billet d'humeur

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